Régulation27 juillet 2026

Coinhouse décroche l'agrément d'établissement de paiement et devient la plomberie stablecoin des autres plateformes

L'ACPR a accordé à Coinhouse un agrément d'établissement de paiement le 24 juillet. En plus de son agrément MiCA de mai, la plateforme française peut désormais traiter les flux de paiement en EMT — et servir d'agent de paiement à des concurrents qui n'ont pas ce statut.

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Ce que Coinhouse a réellement obtenu

Coinhouse, la plateforme française née en 2014 sous le nom de La Maison du Bitcoin, a reçu le 24 juillet 2026 un agrément d'établissement de paiement délivré par l'ACPR, l'autorité prudentielle française. Il s'agit d'une autorisation distincte de l'agrément MiCA que la plateforme avait déjà obtenu auprès de l'AMF en mai 2026, et elle couvre un domaine que MiCA ne traite pas à elle seule.

Le statut d'établissement de paiement permet à Coinhouse de proposer des services de paiement autour des jetons de monnaie électronique : les EMT, c'est-à-dire les stablecoins adossés à une monnaie officielle. Concrètement, il s'agit d'EUR CoinVertible (EURCV) et d'USD Coin (USDC). L'entreprise peut également assurer des règlements et paiements internationaux, conserver et arbitrer des positions d'investissement, et donner accès à des produits de rendement en DeFi.

« L'obtention de cet agrément d'établissement de paiement constitue une nouvelle étape majeure dans la stratégie de Coinhouse », a déclaré Nicolas Louvet, cofondateur et dirigeant.

Pourquoi un agrément de paiement en plus de MiCA

C'est le détail sur lequel beaucoup de plateformes européennes ont buté ces derniers mois. MiCA vous donne un agrément de CASP : vous pouvez conserver des crypto-actifs, exécuter des ordres, échanger, conseiller. Mais dès que vous utilisez un stablecoin pour effectuer un paiement plutôt que pour détenir un placement, vous entrez dans le champ du droit des services de paiement. Un stablecoin en euros est juridiquement de la monnaie électronique, et déplacer de la monnaie électronique est un service de paiement.

Conséquence : un agrément MiCA seul ne suffit pas si l'on veut faire quelque chose de sérieux avec les stablecoins — verser, régler, envoyer de l'argent à l'étranger, traiter des salaires en EURCV. Il faut un second agrément, et il vient de l'ACPR, pas de l'AMF.

Coinhouse fait partie des premières entreprises crypto françaises à détenir les deux documents. L'agrément MiCA de mai couvre sept services et près de soixante-dix crypto-actifs ; l'agrément ACPR de juillet couvre les flux de paiement qui les entourent.

Le vide laissé par Bitget

Le calendrier n'est pas fortuit. Fin juin, Bitget a cessé de servir ses clients français et a orienté ses utilisateurs vers Coinhouse. C'est exactement le schéma qui traverse l'Europe depuis l'échéance MiCA : les plateformes étrangères se retirent des marchés où elles n'ont pas obtenu d'agrément, et les clients restés sur le carreau doivent aller quelque part.

Coinhouse compte désormais plus de 100 000 comptes clients actifs. Pour une entreprise de cette taille, une redirection venue d'un exchange international n'est pas un détail mais un moteur de croissance, et cela explique pourquoi la plateforme empile les agréments maintenant.

Coinhouse devient une infrastructure pour d'autres plateformes

La partie la plus intéressante de l'agrément ACPR ne figure pas en tête des communiqués. Coinhouse peut en effet agir comme agent de paiement pour d'autres prestataires de services sur crypto-actifs qui ne disposent pas eux-mêmes du statut d'établissement de paiement.

Cela change le rôle de l'entreprise. Une plateforme disposant d'un agrément MiCA mais pas d'un agrément de paiement peut faire transiter ses flux stablecoin par Coinhouse au lieu d'engager sa propre procédure auprès de l'ACPR, qui prend des mois et exige des fonds propres dédiés. Coinhouse ne vend alors plus seulement à des clients finaux, mais aussi à des concurrents.

Ce modèle est parfaitement banal dans la finance traditionnelle : un acteur détient l'agrément, des dizaines d'autres s'y rattachent. Dans la crypto européenne, il est nouveau, et il montre à quelle vitesse le secteur glisse vers le modèle bancaire.

La France poursuit la construction de sa propre couche crypto

La France disposait avec le régime PSAN d'une obligation d'enregistrement des entreprises crypto des années avant MiCA, et cette avance porte ses fruits. Les autorités françaises connaissaient déjà le secteur, les dossiers étaient déjà ouverts, et la transition vers MiCA s'y est déroulée plus proprement que dans les pays qui n'ont commencé qu'en 2024.

Une seconde particularité française s'y ajoute : EURCV est émis par une filiale de Société Générale, ce qui en fait l'un des rares stablecoins en euros adossés à une grande banque. Une plateforme française agréée établissement de paiement qui traite un stablecoin bancaire français, cela constitue une chaîne fermée à l'intérieur de la zone euro, sans intermédiaire américain.

Ce que cela change pour vous

Si vous investissez depuis la France ou la Belgique, rien ne bouge aujourd'hui sur votre écran. Mais trois choses sont désormais différentes. D'abord, chez une plateforme détenant les deux agréments, vous pouvez non seulement conserver des stablecoins en euros mais aussi les utiliser pour payer, ce qui reste interdit ailleurs en Europe. Ensuite, le risque qu'un tel acteur cesse brutalement de vous servir diminue, puisque les agréments sont déjà là. Enfin, si votre plateforme se met aux paiements en stablecoins, le nom figurant sur l'agrément peut différer de celui de l'application.

Vérifiez où votre prestataire détient son agrément et quels services y sont exactement rattachés. L'information figure dans les registres de l'AMF et de l'ACPR, et c'est le seul moyen de savoir qui est responsable en cas de problème.

Sources : ACPR, AMF, Coinhouse, crypto.news. Dernière vérification : 27 juillet 2026.

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